Au cours d’une soirée, j’ai rencontré Olivia : une belle énergie, un sourire lumineux, un rire communicatif, un mélange de légèreté et de gravité. En discutant avec elle, je voulais en savoir plus sur son parcours atypique et audacieux. Quelques jours plus tard, je l’ai trouvée dans un café pour en savoir plus. Je suis donc heureux de vous présenter Olivia, 41 ans, fondatrice et directrice d’une école de langues.
Pouvez-vous retracer votre carrière professionnelle ?
J’ai suivi une voie littéraire classique : deux ans de prépa, puis un master à la Sorbonne, avant d’obtenir le CAPES. Enseigner n’a jamais été mon ambition première, mais intégrer le monde professionnel m’a tout de même motivée, même si l’inconnu dominait. Pour ma première année, j’ai été envoyée à Dreux avec une classe de 6e, tout en suivant l’IUFM à Chartres et Orléans, et en continuant à vivre à Paris. L’enchainement des trajets, la fatigue, la pression, c’était rude.
L’année suivante, direction Charleville-Mézières, dans un collège réputé difficile. Un vrai choc, aussi bien pour l’environnement que pour l’isolement. Puis, après mon mariage, j’ai enfin pu revenir en région parisienne, à Montreuil (Seine-Saint-Denis). L’expérience aidant, la situation s’est améliorée, mais la réalité du métier restait complexe. Après trois ans, j’ai choisi de partir. Je savais que faire ce métier toute ma vie ne me convenait pas.
J’ai alors exploré d’autres horizons. Un passage par une galerie d’art à Londres, une expérience enrichissante. Ensuite, j’ai travaillé dans le secteur de la mode en tant qu’assistante de vente, et je me suis engagée dans une association, New-attitude, qui lutte contre les addictions et organise des événements artistiques. Même en changeant de voie, je n’ai jamais cessé d’y consacrer du temps.
Puis, huit années dans des écoles de langues pour adultes. J’ai commencé comme professeure de FLE, le français langue étrangère. Avec quelques collègues, nous avons souvent évoqué l’idée d’ouvrir notre propre école. Ce projet embryonnaire restait dans un coin de ma tête. Au fil des ans, j’ai élargi mes compétences : d’enseignante, je suis devenue responsable clientèle, puis chargée du développement. Mon envie d’entreprendre a grandi. Mais je ne voulais pas me lancer comme simple auto-entrepreneuse. Je visais la création d’une école, avec tout ce que cela implique : développement, communication, gestion d’équipe.
Un jour, après avoir été licenciée de deux écoles en un an, alors que je patientais pour un entretien, mon regard est tombé sur le magazine Challenges et son dossier « créer votre entreprise ». Ce fut le déclic. À la sortie, je croise un ami qui me demande des nouvelles. Je lui montre le magazine et lui annonce : « C’est ça que je vais faire !»
Fin 2011, tout s’est accéléré. J’ai trouvé le nom de mon école, The French Touch, en clin d’œil à mon passage londonien. J’ai conçu mon logo, lancé un site web avec l’aide d’un ami, puis envoyé une carte de vœux à mes anciens clients pour leur présenter mon offre. Je me suis inscrite dans un incubateur d’entreprise : ce dispositif m’a permis de tester mon projet grandeur nature, d’apprendre la gestion, la comptabilité, la prospection.
Très vite, un ancien client, The Bank of Japan, m’a renouvelé sa confiance. D’autres ont suivi, grâce au bouche-à-oreille et à mon réseau. Après un an, j’ai officialisé la structure en EURL.
Qu’offre The French Touch ?
French Touch, Langues & Cultures, s’adresse principalement aux entreprises et expatriés à Paris. L’école propose des cours de langues : anglais, français langue étrangère, et d’autres encore, sous forme de leçons privées ou de mini-groupes, en présentiel ou par téléphone. Pour favoriser l’échange, j’ai aussi créé un club de conversation bilingue, « Let’s Chat ».
Concrètement, une fois par mois, je donne rendez-vous à Dorothy’s Gallery, une galerie d’art à l’américaine du XIe arrondissement. Les soirées franco-anglaises y rassemblent des participants venus progresser dans une ambiance détendue, accompagnés par un formateur bilingue.
Notre clientèle va des entreprises françaises ou internationales basées à Paris et en région parisienne, aux expatriés et à leurs familles. L’équipe réunit une douzaine d’enseignants indépendants, tous natifs dans leur langue d’enseignement.
Quel est le plus difficile ?
Diriger une entreprise, c’est parfois avancer en solitaire. Certains matins, trouver l’énergie pour démarrer la journée n’a rien d’évident. Il faut savoir se remotiver sans relâche.
Quels sont vos objectifs pour 2014 ?
Je veux asseoir la pérennité de l’activité. L’idéal serait de doubler le chiffre d’affaires par rapport à l’an passé, mais avant tout, maintenir le cap et consolider la structure. Cette année, l’accent sera mis sur l’affinement des offres, le soin de l’image et l’amélioration de la visibilité.
Vous faites partie de réseaux professionnels ?
J’ai testé plusieurs réseaux, surtout les syndicats professionnels, mais j’ai vite déchanté : trop de politique, une ambiance qui ne me correspondait pas, parfois même une mentalité rétrograde. C’est finalement du côté du BNI, un réseau d’affaires, que j’ai trouvé ma place. Ces rencontres hebdomadaires sont précieuses : elles m’apportent de la motivation, m’obligent à clarifier mon discours, à me remettre en question.
Par ailleurs, après avoir lu « Lean In : Women, Work and the Will to Lead » de Sheryl Sandberg, numéro 2 de Facebook, un ouvrage que je recommande à toutes les femmes, j’ai eu envie d’aller plus loin et de créer un cercle Lean In.
Êtes-vous plutôt satisfaite de l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle ?
Oui, je crois avoir trouvé mon rythme. Ma vie personnelle, mes amis, mes engagements hors travail restent au centre de mes priorités. Je sais travailler d’arrache-pied quand il le faut, mais je m’accorde aussi de vraies pauses, et des vacances, même si l’ordinateur n’est jamais très loin.

